1722

LE TEMPS DE LA SPLENDEUR

En 1722, Pierre-Guillaume Jallot de Beaumont, mousquetaire du roi et fils de corsaire, hérite de son oncle une demeure à Valognes. Il décide de la transformer en une somptueuse résidence d’hiver, digne de sa fortune et de sa position. Car Valognes est alors un haut lieu de la vie aristocratique normande : dès les premiers frimas, les familles nobles de la presqu’île du Cotentin délaissent leurs vastes châteaux de campagne pour cette petite ville où ils mènent grand train, multipliant bals et réceptions. Ainsi Valognes comptera à la fin du XVIIIème siècle pas moins de soixante hôtels particuliers et méritera son surnom de « petit Versailles normand ».

 

Pour mener à bien son ambitieux projet, Pierre-Guillaume de Beaumont fait appel à l’architecte Raphaël de Lozon qui a déjà démontré son talent au château voisin de Pont-Rilly. Il ne sera pas déçu : Lozon remanie profondément le bâtiment et crée un audacieux pavillon central d’un style rocaille très affirmé, en courbes et contre-courbes. Mais surtout, il loge au centre du bâtiment un spectaculaire escalier à double révolution qui passe, encore aujourd’hui, pour une prouesse architecturale unique en France. Les travaux commencent en 1767 et s’achèvent quatre ans plus tard. Le 19 mai 1771, Pierre-Guillaume de Beaumont meurt, laissant son hôtel valognais à son fils Marie-Bonaventure, Comte de Beaumont.

1843

LE TEMPS DES EPREUVES

Marie-Bonaventure, jeune gentilhomme engagé dans la carrière des armes, ne réside pas à Valognes. Lorsque la Révolution française éclate, l’hôtel de Beaumont inhabité est sévèrement mis à sac et dévasté pendant les évènements destructeurs de la Grande Peur. Il sera réquisitionné sous la Terreur pour servir de prison révolutionnaire ; c’est dans cette prison que sera momentanément détenue Félicité de Beaumont, la sœur de Marie-Bonaventure, arrêtée en raison de l’émigration de son mari, Louis de Mesnildot parti servir dans l’armée du Prince de Condé. Restitué sous le Directoire aux Jallot de Beaumont, l’hôtel sera occupé par les armées prussiennes à la chute de l’Empire pendant trois années.

 

Marie-Bonaventure de Beaumont, établi définitivement en Lorraine, ne reviendra jamais habiter son hôtel valognais. L’inventaire de ses biens établi au moment de son décès survenu en 1843 indique que l’hôtel de Beaumont est laissé inoccupé et non affermé depuis plus de cinquante ans. Mort sans postérité, Marie-Bonaventure, dernier comte de Beaumont, lègue l’ensemble de son imposante fortune à son neveu Louis de Mesnildot. L’hôtel de Beaumont est alors sommairement restauré afin d’être loué à la Recette des Finances qui y établit ses bureaux valognais. A la fin du XIXe siècle, Sophie du Mesnildot, arrière-petite-nièce de Marie-Bonaventure de Beaumont, décide de se séparer de l’hôtel de Beaumont. Il est vendu à Monsieur Debains, ingénieur civil, qui épuisera rapidement ses ressources à restaurer l’hôtel en piteux état.

 

En 1897, l’hôtel est finalement saisi et vendu aux enchères publiques. Le Comte de Froidefond de Florian, ministre plénipotentiaire à Londres, et sa femme Hélène de Nadaillac s’en portent acquéreurs et, depuis lors, l’hôtel de Beaumont est conservé dans la descendance de cette même famille. Le comte et la comtesse de Florian entreprennent une vaste campagne de restauration de l’hôtel qui retrouve, pour un temps, un peu de sa splendeur passée. Il sera transmis en 1936 à leur neveu, Xavier de Froidefond de Florian.

Mais l’Histoire ne tardera pas à apporter son lot de nouvelles destructions. Pendant la seconde guerre mondiale, les officiers de santé de la Wehrmacht s’installent dans les chambres tandis que le reste de l’hôtel devient le mess des officiers allemands. Le maréchal Rommel y est reçu lors d’une cérémonie officielle. Puis vient l’épreuve ultime : en juin 1944, après trois jours de bombardement intensifs, Valognes est défiguré. L’ancienne petite cité aristocratique n’est plus qu’un amas de gravats. L’hôtel de Beaumont, gravement endommagé, est miraculeusement épargné. L’édifice sera occupé durant la bataille de Normandie par les services de santé de l’armée américaine. Viendront ensuite les réfugiés de Valognes dont les habitations ont été ruinées : chaque pièce de l’hôtel logera une famille le temps que les premières reconstructions soient achevées.

1955

LE TEMPS DE LA RENAISSANCE

En 1955, Xavier de Florian laisse l’hôtel de Beaumont, qui est alors dans un état désastreux et vidé de tous ses meubles, à sa nièce, la Comtesse Charles des Courtils. Le bâtiment a perdu la toiture de l’aile Sud, soufflée par les bombes de juin 1944. Exposés aux intempéries, les charpentes, planchers et boiseries sont attaqués par le mérule. Une longue et intense campagne de restauration doit être impérativement entreprise. Elle sera poursuivie par Henri des Courtils, dont l’épouse, Claire du Pouget de Nadaillac, n’est autre que l’arrière petite-nièce de la Comtesse de Florian. En 1991, les conséquences des destructions de la seconde guerre mondiale se feront encore ressentir lorsque l’escalier à double révolution menacera de s’effondrer à cause des fragilités infligées par les bombardements aux murs porteurs du bâtiment. Un étayement d’urgence et de lourds travaux de consolidation permettront de sauver cette prouesse architecturale.

L’hôtel de Beaumont a maintenant pansé les plaies de son histoire tumultueuse. Il est devenu le témoignage le plus caractéristique du patrimoine valognais ; il est aussi redevenu une maison de famille habitée et préservée, largement ouverte à tous ceux qui souhaiteront en découvrir les beautés.